Le labyrinthe de Pan : quand le fantastique permet de fuir l’horreur…[article semi-spoiler]

Guillermo Del Toro signe avec ce film, une œuvre mêlant à merveille le fantastique et la réalité. Là où le marketing annonçait un film fantastique avec une héroïne jeune, le début du film détrompe immédiatement le spectateur avec un flash-forward sombre (ndlr : l’inverse d’un flash-back, scène qui se passe plus tard dans l’intrigue). Et le film n’aura de cesse d’explorer le côté sombre de la réalité à travers le fascisme, le personnage du capitaine Vidal et le combat entre les maquisards et les forces armées franquistes tandis que le monde fantastique gagnera en luminosité et en décors somptueux.

Le principal intérêt du film réside dans le fait que la petite Ofelia fuit la réalité horrible, pleine de souffrance et de mort pour se réfugier dans un monde fantastique où contrairement à la réalité, elle en est le centre. Mais la réalité imprègne ce monde fantastique le rendant effrayant, sombre, dangereux. Mais Ofelia n’aura de cesse de s’y accrocher malgré les adultes qui tentent de la pousser à renoncer à ses illusions notamment sa mère et le capitaine alors même que la réalité n’est que sang, douleur, mort et séparation. La mère n’hésite pas à tenter de détruire ses illusions, ses croyances tandis que le capitaine parle avec mépris des contes que lit Ofelia.

Ofelia souffre de solitude également et s’inquiète pour sa mère souffrante. Mercedes, l’une des servantes, assure petit à petit une mère de substitution pour elle. D’autant qu’elle se montre compréhensive envers ses fantaisies (car elle en a eu elle-même et semble triste d’avoir quitté cette époque insouciante des rêveries) montrant par là-même que l’abandon des croyances enfantines dans le fantastique marque le passage à la vie adulte, à l’acceptation de la réalité, aux responsabilités.

Ofelia et Mercedes dans le labyrinthe de Pan

Une relation très étroite se noue entre la petite fille et la servante

Les véritables monstres du film ne sont pas ceux que l’on croit. Le personnage de Sergi Lopez, qui assure ici une prestation incroyable, est froid, calculateur, cruel, sadique, arrogant, considérant les femmes comme inférieures. Alors que le capitaine apparait de plus en plus monstrueux et inhumain au fur et à mesure du film de par ses actions (scène de la bouteille, torture, meurtre mais également par les blessures qu’il subit), le faune et les fées apparaissent sympathiques, fascinants et salvateurs.

Le capitaine semble obsédé par le temps et la mort. Le lien père/fils est particulièrement prédominant chez ce personnage, que ce soit par l’idée qu’il doit être à la hauteur de son père et de sa renommée et l’idée de perpétuer sa propre notoriété par une descendance et donc reproduire le même schéma qu’avec son propre père. Lorsque le capitaine se rase, il regarde momentanément sa montre (objet associé au père) et fait mine de se trancher la gorge… Dégoût de lui-même de ne pas être à la hauteur de son père ou pulsion agressive momentané contre l’image de son père à travers lui?

Le capitaine Vidal dans le labyrinthe de Pan
Tout au long du film, Ofelia doit affronter des épreuves qui ne sont pas sans rappeler la réalité. Le crapaud qui tue petit à petit l’arbre pourrait symboliser le fascisme tout comme les chaussures entassés lors de la seconde épreuve tandis que le monstre mangeur d’enfants, n’est pas s’en rappelé le capitaine Vidal, qui était à la même place à la table lors du diner et dont le faune dit qu’il  »n’a rien d’humain ». L’histoire de la rose qui offre l’immortalité mais qu’aucun humain ne va chercher par peur de s’empoisonner par les ronces et qui donc continue à vivre dans la peur et la souffrance rappelle le thème général du refuge dans la rêverie et la réalité. Ici, le fantastique est beau, inaccessible, désirable et la réalité pleine de mort.

Le faune dans le labyrinthe de Pan

La dernière épreuve évoque les pulsions agressives que ressens Ofelia contre son petit frère. Celui-ci a tué sa mère en naissant et est le fils du capitaine, homme qu’elle déteste profondément. Mais elle finit par renoncer à ce sacrifice. Ce qui sera récompensé par son  »père » dans le royaume magique.
Un parallèle peut être fait entre Alice au pays des merveilles symbolisait par la robe et par le tunnel lors de la scène du crapaud mais le monde d’Ofelia est plus glauque, plus sale car sa réalité est plus horrible que celle où vit Alice..

Le monstre dévoreur d'enfant dans le Labyrinthe de Pan

Un des moments les plus effrayants du film

Pour parler maintenant de la réalisation de Guillermo Del Toro, on peut distinguer les énormes prédominances de bleu et de rouge/orangé tout le long du film ainsi que de l’obscurité. La réalisation est impeccable, réussissant à introduire le fantastique dans la réalité de manière douce par le labyrinthe notamment. La narration rappelle sans cesse un conte de fée morbide de par ses épreuves, l’enjeu de rejoindre le royaume en tant que princesse pure et non perverti par les humains ainsi que la voix off au début et à la fin du film. Niveau musique, le thème principal se fait parfois doux et apaisant, pour parfois se faire plus lourd, plus mécanique lorsqu’elle accompagne le capitaine Vidal voire s’accélère en même temps que l’angoisse d’Ofelia. Niveau maquillages/effets spéciaux, tout est d’une immense qualité, les  »monstres » étant originaux et esthétiquement intéressants. Les acteurs assurent une incroyable prestation. Les seconds rôles sont aussi profonds et travaillés que celui d’Ofelia et du capitaine Vidal.

En bref, un film touchant dont l’émotion atteint son apogée à la fin du film, une œuvre maitrisée, sombre, généreuse, personnelle pour Del Toro qui l’avait écrit avant même ses tout premiers films… Un plaidoyer sur ce que peut produire l’insoutenable horreur de la réalité, des guerres, des souffrances, des morts sur l’innocence et l’imagination de l’enfance. Un joyau d’une inestimable beauté.

Ofelia et le faune dans le Labyrinthe de Pan

S’il y a bien un film que j’adore et qui me touche particulièrement, c’est celui-ci! Normal, ai-je envie de dire! Tous geek doit surement se reconnaître dans ce film. Qui mieux que nous peut comprendre qu’on cherche à fuir la réalité décevante, horrible ou particulièrement difficile par un refuge dans l’imaginaire? C’est une thématique qui nous touche beaucoup. Bien sûr des tonnes des gens ont des vies plus difficiles, plus proches de l’horreur du film, mais on est compréhensif et cela touche à une corde sensible et réelle chez nous.  Surtout que la plupart des personnages du film méprise, se moque des contes, du monde fantastique que s’est créée la petite Ofelia… Des expériences similaires ont pu être vécu par la plupart d’entre nous.

« Encore des contes de fées?
Tu es trop grande pour te remplir
la tête de toutes ces sottises. »
Non, jamais trop grande!

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A propos usuldeath

Geekette passionnée (comment ça pléonasme?), j'ai à cœur de faire découvrir le meilleur de moi-même : mes passions!!! Cinéma, comics, anims, séries TV, littérature, manga, jeux vidéos, jeu de rôle et plus encore! Enjoy! =)
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5 commentaires pour Le labyrinthe de Pan : quand le fantastique permet de fuir l’horreur…[article semi-spoiler]

  1. loran83 dit :

    Fantastique et émotion sont au rendez-vous de ce chef d’oeuvre, une relecture bien plus intéressante d’Alice au pays des merveilles que le fortement dispensable Sucker Punch de Zack Snyder et plus surprenante que ce qu’a pu faire Tim Burton.
    ce film est un classique des années 2000, à ranger à côté de films aussi divers que Into the wild, Million Dollar Baby, Gran Torino, Old Boy, The Dark Knight, Little Miss Sunshine ou Inception

    • usuldeath dit :

      Ce film fait partie de mes films préférés et je trouve dommage que pas mal de gens ne voient pas le travail de Guillermo avec plus de profondeur. Combien ont vu dans Hellboy 2 un simple blockbuster, là où les thèmes sont aussi intéressants qu’un Batman de Nolan?

  2. ahamada assichou dit :

    CE FILM JE L4AI VU AVEC NOTRE PROF DE ESPAGNOL ,ET JE L4AI BEAUCOUP AIMER QUE J’EN PARLE AVEC TOUT MES AMIES .DONC CE FILM JE LE CONSEILLE A TOUT LE MONDE ELLE EST PLUS qu’un FILM D’HORREUR JE TE L’ASSURE .N’ AYEZ PAS PEUR OK ça fait un peu peur mais ne rater pas car vous ne savez pas ce que c’est ……..

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